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ACTUALITES
 

(Sortie de la série Netflix Black Knight)

En juin 2015, je publiais une nouvelle sur un punk livreur d’oxygène dans un monde surpollué…

 

Un matin, je reçois le message d’un copain qui m’écrit : « j’ai l’impression qu’un mec a été dans le monde des Idées et est tombé sur les tiennes » avec un lien vers la bande originale de la série Black Knight sortant sur Netflix.

En dix secondes, j’ai pris une claque.

Pourquoi ? Parce que j’ai édité une nouvelle en juin 2015 intitulée : Agonie sous ciel vert qui n’était autre que le premier chapitre d’un roman entamé à l’époque et avorté depuis. Les quelques personnes ayant pu lire les premières versions de ce qui devait être un roman intitulé O2 Ground ont toutes été étonnées par la ressemblance. Évidemment, ça m’a bougé.

Si vous voulez juger, je vous mets en lien la nouvelle.

Agonie sous ciel vert page 200

https://motsetlegendes.fr/18-webzines

 

Je ne revendique pas la paternité

Tout d’abord, je crois au monde des Idées de Platon et ces dernières ne sont pas brevetables. Et bien heureusement !

Ensuite, je dois avouer que ce genre d’imaginaire qui me faisait marrer autrefois me fait aujourd’hui un peu frémir par sa possible advenue. Il faut dire que l’exercice de prospective de l’écrivain de SF a vu son champ se rétrécir ou du moins, une forme de fiction s’est elle dangereusement approchée du réel. Que ces mondes apo apparaissent à plusieurs endroits à quelques années d’écart en dit surtout long sur la conscience progressive de l’état de notre planète.

 

Je précise tout de suite : je n’ai pas regardé la série. La série est une création artistique bien plus large et assurément différente de mon écrit. De plus, en cherchant je vois qu’elle vient d’une BD intitulée Delivery Knight publiée de 2016 à 2019.

Le pitch de base me semble simplement être le même, l’ambiance aussi.

Voilà pourquoi je ne revendique pas de paternité, mais je vais vous raconter comment est née ma version de ce monde post apo dans la veine de Mad Max.

 

Mais avant, je profite de l’occasion pour inciter un plus large public à aller voir ce qui se passe dans le milieu de l’édition de SF où des auteurs passionnés s’emploient à faire rêver des lecteurs trop peu présents. Le champ de l’imaginaire est vaste et varié en ces lieux. Pour des écrivains comme moi qui bosse le soir après le travail et une fois les enfants couchés, vous comprendrez à quel point c’est décourageant.

Et je sais au combien il est plus facile de se carrer dans son canapé pour regarder une série que d’écrire ou de lire.

Vous trouverez par exemple un modeste échantillon de l’étendue de la SF dans le webzine de Mots&Légendes L’Univers 9 La SF dans tous ses états dans lequel j’ai édité ma nouvelle (Agonie sous ciel vert. Page 200).

Je vous laisse le lien ici : https://motsetlegendes.fr/18-webzines

 

 

Il est temps de vous expliciter la genèse de mon texte. Les hasards de la vie m’ont conduit un temps à être livreur d’oxygène chez Orkyn. Un copain m’y avait fait rentrer. À cette époque, nous sommes en 2007, il me fait découvrir la chanson Plus rien des Cowboys fringants. Les idées se percutent un matin où, mal réveillé, je regarde l’oxygène liquide tombé au sol former un tapis gazeux autour de mes jambes, je me demande ce que je fais ici. Me vient alors l’idée d’un punk livreur d’oxygène liquide livrant dans un monde surpollué. J’en écris une première version.

Quelques années plus tard et alors que je commence le roman et cherche désespérément un dessinateur pour mettre parallèlement ce projet en BD, je participe à un concours grâce auquel je publie le premier chapitre de mon livre sous la forme d’une nouvelle. Seuls de rares amis lisent les quelques chapitres de ce roman.

Mais je tombe sur une difficulté: je sais manipuler des personnages, mais je dois avouer mon inculture sur beaucoup de sujets. Je décide de reprendre une faculté d’histoire à l’université de Rennes 2. J’ai alors 31 ans et une petite fille d’un an et demi et ma nouvelle est éditée l’année suivante en juin 2015. Je passe trois années à faire 200 km par jour pour faire l’aller-retour entre ma tardive vie estudiantine et ma vie nouvelle de parent. Je bosse, je bosse, je n’ai plus le temps d’écrire, mais j’apprends. Je finis par obtenir ma licence. Entre d’eux, mon deuxième enfant est né et un troisième suivra deux ans plus tard. À partir de ces naissances, le temps s’accélère et le temps à soi se réduit sensiblement. J’essaie d’écrire, mais je ne suis plus capable que de produire de courts textes, plus aboutis, qui me permettent de publier à nouveau, mais j’en reste là. Un roman ? On verra dans quelques années.

Puis, je décide de faire le point sur l’état de notre monde. J’épluche des études universitaires, écoute des conférences etc. Je n’aurais jamais dû faire ça parce que ce que je découvre me brûle les yeux, et biens heureux ceux qui restent dans l’obscurité de la caverne. Mon analyse est claire : tous les voyants sont dans le rouge.

Je suis bouleversé. Surtout maintenant que nous avons trois enfants. Je me retrouve avec l’angoisse irrépressible de ne rien pouvoir faire pour changer le cours des choses. Je suis parent et j’ai peur. Je plonge. Je ne sais plus combien de temps mais je souffre clairement d'écoanxiété. Je n’arrive plus à écrire, ce que j’avais pris pour des imaginaires est des réels en devenirs, tous les autres perdent de sens à mes yeux.

Mes thèmes de prédilections comme le transhumanisme ou les mécanimaux tombent à l’eau. Je n’y crois plus. La fonte du permafrost me hante. Je ne suis plus capable d’écrire quoi que ce soit, et même durant un moment, même répondre à un mail me coûte parce qu’il faut construire des phrases. Je suis dévasté.

Puis, le temps aidant, je me mets en action. À ce moment, nous sommes depuis peu dans la mouvance Zéro Déchet (notre dernière porte des couches lavables), je deviens un militant éphémère d’Extinction Rebellion avant de tenter ma chance au sein d’une équipe pour les municipales de notre village. Faire quelque chose ! On ne passe pas : retour à la case départ, je ne sais pas quoi faire. Je me recentre sur mon foyer. Je lis tout ce que je trouve sur la permaculture et l’autonomie. J’installe des cuves de récupération d’eau, m’équipe d’un filtre Berkey, j’apprends à greffer et j’en passe. Les copains me charrient en me demandant si je veux vivre dans un bunker. Oui, je suis un néoautonomiste, ne me jetez pas la pierre. Je suis loin de la version survivaliste, je suis plus  un permaculteur qui donne des coups de main à droite à gauche et essaie de tisser du lien.

Cette mise en autonomie me sauve pourtant ; elle me permet de canaliser cette angoisse et de la transformer en actions et connaissances à acquérir. Elle me rapproche de la terre aussi.

Il y a quelques semaines, j’ai pris 40 ans. Je suis heureux dans ma vie, mais j’ai toujours un sentiment de pression permanent. L’effondrement est conscientisé, digéré, accepté autant que faire ce peu et j’ai plein de choses à faire avant d’être autonome. Seulement, je peux aussi faire un constat : je suis partout et nulle part. Je suis un chat de Schrodinger qui avance sans faire de bruit. Je viens de prendre 40 ans et j’ai tant de choses à faire encore. L’écriture me colle à la peau, mais je ne lui accorde plus le temps nécessaire. Je n’ai toujours pas repris de roman. Je vais me reprendre en mains.

 

La sortie de cette série et le rapprochement avec ma nouvelle sont-ils une opportunité ? Je suis mal à l’aise avec cette mise en avant et j’abhorre les démarches commerciales. C’est pourquoi cette nouvelle restera toujours gratuite, et de même si je dois écrire la suite ou vendre un roman sur cette thématique, j’en ferai don à une association environnementale pour la cohérence et le respect de mes idées.

Peut-être est-ce en tout cas l’occasion de relancer une carrière (avec un vieux texte pour moi) ou de la tuer dans l’œuf si ce n’est pas à la hauteur ? C’est surtout pour moi le temps de la réflexion avant de me remettre au travail.

Je vous partage donc modestement ce texte. En auteur de SF qui écrit seul dans son garage.

Merci et bonne lecture.

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